#MaVieDeGrosse

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#MaVieDeGrosse

J’ai choisi cette image pour cet article parce que ce film résume un peu ma vie. Jazmine assumait son surpoids mais on lui rappelait constamment qu’elle ne serait pas une vraie femme si elle ne perdait pas de poids. Elle finit par rencontrer un homme qui l’aimera avec ses kilos en trop, et se rend compte que pour plaire il n’y a pas besoin d’être mince, il suffit d’être soi-même. Ce film m’a inspiré et m’a rendu plus forte dans mon combat pour la self-acceptance et le body-positive.

J’ai 23 ans et je suis grosse. Non je n’ai pas peur des mots, je suis ce que je suis et je n’en ai pas honte aujourd’hui. Mais ça n’a pas toujours été le cas… C’est mon vécu que je couche sur ce papier virtuel, pour que vous puissiez vous mettre à ma place et comprendre ce que j’ai pu vivre.

Déjà pour commencer, je n’ai pas toujours été grosse. Disons juste un peu enrobée depuis que je suis bébé. Rien de grave vous allez me dire, et c’est vrai je ne l’ai pas mal vécu. J’ai eu une enfance pas trop chaotique. Pas de moqueries à l’école, tout se passait bien. Bon j’ai eu droit à un « Pamela Anderson » parce que j’ai eu le malheur de porter un maillot de bain rouge… et d’avoir une très forte poitrine. A part ça, je n’ai pas eu d’autres remarques venant de mes camarades de classe. Pour eux comme pour moi, je n’étais pas grosse, juste un peu en surpoids mais rien de grave.

Tout va bien alors ! En fait non, ça ne va pas. D’habitude, quand un-e enfant ou un-e ado rentre chez elle en pleurant parce qu’on s’est moqué de lui ou d’elle, ce sont ses parents qui consolent. Ben dans mon cas, c’est les parents (et la famille en général) qui m’ont balancé des remarques blessantes sur mon poids. Et qui me console ? Ben personne du coup. On m’a souvent dit de ne pas faire attention à leurs remarques, mais quand ce sont des remarques constantes c’est dur d’ignorer :

– « Mais t’es trop grosse en fait ! »

– « bon sang mais tu fais quelle taille ? 46 ? AAAAH c’est trop ?! »

– « Tu devrais faire du sport ! Et un régime aussi ! »

– « Oh, tu ne devrais pas prendre de gâteau ? Pourquoi ? Mais parce que ça fait grossir ! »

– « T’aimes pas les blagues sur les gros ? Mais c’est de l’humour, décoince-toi ! Au pire, t’as qu’à maigrir on t’embêtera plus hein! »

Bon, ça ce ne sont que des petites remarques, des choses blessantes mais on oublie vite hein ! En réalité, je n’oublie pas, je garde ça dans un coin de ma tête, je ne sais pas oublier quand ça fait mal au cœur. Et en plus de ça, je suis très rancunière alors impossible d’oublier. Mais franchement, ces remarques là, ce n’est RIEN comparé à ce que mes parents m’ont dit.
Pour la petite histoire avec mes parents, j’ai quitté la maison familiale après mon bac S mention Bien. J’étais une élève modèle (d’après les profs, mais moi j’étais à la limite entre l’ange et le démon) et je me suis inscrite en prépa scientifique à Angers. Sauf que ça s’est très mal passé : à cause de la charge de travail, de l’éloignement de ma famille et du stress, j’ai commencé à grossir, grossir et encore grossir… En plus de ça j’ai dû me réorienter en IUT de biologie l’année suivante parce que j’avais complètement raté l’année de prépa. Après l’année universitaire je suis retournée chez mes parents pour l’été. Déjà quand je suis arrivée j’ai été accueillie par mon père : « hum t’as encore grossi toi ! » Merci papa, bonjour à toi aussi, ça fait plaisir!! J’ai ensuite revu ma mère, ma sœur et mon frère. Et là ce fut une catastrophe. Ma mère se permettait de me faire des remarques sur ce qu’il y avait dans mon assiette… devant mes oncles. Oui devant mes oncles !  « Mais tu t’es trop servie là !! Pas étonnant que tu sois devenue aussi énorme ! » Vous imaginez l’humiliation ? Ben oui c’est extrêmement humiliant d’entendre ça, mais de surcroît ma mère le dit haut et fort devant des membres de ma famille, c’est encore pire… Malheureusement ça ne s’est pas arrêté. J’ai eu droit à des interrogatoires sur ma manière de manger, on m’accusait de ne manger que des gâteaux, de ne boire que des sodas, de me laisser aller. Et puis un jour, l’énième remarque de ma mère a signé le début de ma descente aux enfers : « T’es énorme, non, tu es obèse ! Tu es malade mais tu ne t’en rends pas compte ! Tu t’aimes bien ? Ce n’est pas vrai tu te voiles la face, tu refuses de voir la vérité en face. Tu as des bourrelets et c’est moche à voir ! » La phrase de trop… Et elle rajoute : « ça ne te fait rien de voir que tes amies portent des vêtements que toi tu ne peux pas porter ? », « les gens viennent me parler de toi, franchement t’as grave grossi les gens l’ont remarqué ! » Et le pompon : « on dit ça pour ton bien ! On ne veut pas que tu meures comme ta tante à 29 ans !» (elle était en obésité morbide, et est décédée d’une embolie pulmonaire…)

Quand on entend ce genre de phrase, on ne sait plus où se mettre. J’ai commencé à penser à mon adolescence, à ma rupture avec mon ex, à ce qu’on m’avait dit un jour à propos d’internet : « mais ton poids ne pose pas de problème pour les rencontres ? ». Et là j’ai compris : parce que  j’étais grosse, donc laide, je n’étais pas normale. Mon ex ne m’aimait sûrement plus à cause des 15 kilos que j’avais pris après mon arrivée en France. C’est peut-être pour ça qu’il m’a larguée… Je faisais honte à ma famille à cause de mes kilos en trop. Et puis je suis devenue anorexique. J’ai fondu, j’ai perdu 10 kilos en un mois. Plus tard j’ai alterné phases d’anorexie et phases de boulimie. Je me haïssais, je haïssais la grosse fille que j’étais à ce moment là. J’étais horrible, c’est pour ça que personne ne m’abordait en boîte de nuit ou dans les soirées étudiantes. Je pensais que j’étais anormale, je détestais mon corps, je me scarifiais, je ne pouvais plus prendre de douches sans griffer, sans frapper, sans faire souffrir ce corps dont je ne voulais pas. Je ne voulais plus me regarder dans le miroir, c’était une trop grande épreuve… Il fallait que je perde tout ce gras disgracieux qui me rendait moche. J’ai essayé le régime Dukan, mais je n’ai pas tenu. Et comme je n’ai pas tenu, c’est que j’étais une faible, je n’étais pas battante, une larve, une moins que rien. J’ai recommencé d’autres régimes mais rien ne fonctionnait vraiment. Si ma mère avait réussi à perdre 20 kilos, pourquoi pas moi ? Je pleurais tout le temps, je souffrais mais en silence parce que je ne pouvais pas me confier. Parce que selon les gens, si j’étais grosse c’est que je l’ai mérité, vu que je n’ai aucune volonté. Et puisque j’étais moche, aucun homme ne voudrait de moi, et ça c’était un coup au moral de plus…

J’ai mis du temps à m’en sortir, beaucoup de temps, et toute seule. Personne ne m’a aidé, personne ne m’a soutenu. La famille, ce n’était même pas la peine de leur en parler, et les amis encore moins. Et c’est là où je suis tombée sur un forum de personnes rondes. Une de mes amies était inscrite sur ce site. L’une des seules rondes que je connaissais et qui assumait complètement d’être en obésité modérée (tant qu’elle était en bonne santé, tout allait bien). Et j’ai eu un déclic ! Pourquoi elle, elle pouvait assumer et pas moi ? Pourquoi je déprime alors qu’elle est heureuse ? J’en ai parlé avec des filles de ce forum, et ces discussions m’ont permis d’ouvrir les yeux. J’avais intériorisé les clichés à l’égard des personnes en surpoids. J’avais tort de me faire du mal. Et peu à peu j’ai commencé à revivre, j’ai réappris à m’aimer comme je le méritais, à assumer la grosse que je suis aujourd’hui. Plus je trainais sur le forum, plus j’apprenais des choses, et plus je me sentais mieux dans mon corps. J’ai mis 2 ans à me remettre de tout ça. Le plus grand pas que j’ai fait pour ma « self-acceptance » ou ma « fat-acceptance » ça a été de me présenter à l’élection de Miss Curvy Paris-IDF (un concours de beauté pour femmes rondes). Je me sentais tellement bien ! Sentir des regards bienveillants sur moi, sentir que j’étais aussi belle que les mannequins ou les stars sur les tapis rouges, ça me rendait de plus en plus sûre de moi ! J’ai eu le prix d’honneur, pas la couronne de Miss mais je m’en foutais ! J’ai enfin réussi à reprendre confiance en moi, à m’aimer de nouveau comme je m’aimais il y a plus de 6 ans, sans condition.

J’ai pu mettre des mots sur mes souffrances passées : anorexie, boulimie, dépression, mauvaise estime de soi. Et j’ai voulu en parler à ma famille ou à mon entourage proche, sans véritable succès. J’ai bien essayé de parler de ma boulimie, on m’a balancé que vu ma situation (mon père est médecin, donc je vis bien), je ne pouvais pas être boulimique, parce que je ne pouvais pas avoir de problèmes graves dans ma vie. J’ai essayé de sensibiliser une autre personne sur la « size ou self-acceptance », elle m’a rétorqué que « vu ton physique et vu ton discours, tu es de celles qui complexent sur leur corps ». Et une autre de me répondre que je voulais absolument retourner à mon poids d’avant (68 kilos pour 1m58), que cette histoire de « size-acceptance » c’était du vent, qu’en réalité je n’assumais pas. Il y a aussi ceux qui me demandent de maigrir pour ma santé. Ceux qui me demandent de maigrir parce qu’ils ont peur de me perdre comme ils ont perdu une cousine, sœur, amie, nièce… Mais le pire, ça reste ceux qui me demandent de maigrir pour ne pas avoir honte lorsque leur entourage leur parlera de moi…

J’ai changé d’attitude. J’ai pris de la distance par rapport à cet entourage toxique qui me poussait à me haïr. Aujourd’hui j’ai décidé de vivre ma vie, et d’ignorer les critiques. Aujourd’hui j’assume ce que je suis : une grosse femme de 93 kilos pour 1m58, une « fatshionnista », une femme sûre d’elle qui a osé défiler pour une créatrice de vêtement. Et par-dessus tout, je m’aime ! Oui j’ai des kilos en trop, je vais devoir en perdre, mais je refuse de risquer ma santé physique et mentale pour maigrir et je refuse de correspondre à leur idéal de beauté ou de santé. Mais malgré cette acceptation, je continue de subir régulièrement des attaques sur mon physique ou sur mon soi-disant manque de volonté, ou mon pseudo laisser-aller. Et comme je n’en parle pas, ma souffrance n’existe pas à leurs yeux… j’espère ne plus jamais retomber dans cette spirale infernale.

nanoushka

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Pour en lire davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter les pages facebook de l’Observatoire de la Grossophobie et du Body Shaming et de Fat Positiviy Belgium.

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7 réflexions sur “#MaVieDeGrosse

  1. Chère Nanoushka, Que c’est beau, que c’est courageux cette lutte que vous avez dû mener, toute seule. La volonté, non, vous n’en manquez sûrement pas ! Devoir seule faire face aux réflexions maladroites voire assassines de vos proches, de vos amis, de votre entourage en général. Entre maladresse, méchanceté, volonté de vous aider « parce qu’ils ont peur de vous perdre comme ils ont perdu une cousine, sœur, amie, nièce… », les raisons qui guident ces propos sont diverses et au milieu de tout cela, il y a vous, avec une sorte de handicap invisible puisque nul ne voyait votre souffrance derrière ces kilos. C’est triste et beau à la fois que vous ayez réussi à vous en sortir. C’est le témoignage d’une victoire sur la bêtise humaine.

    Sylvie

    • Bonsoir Sylvie,
      Merci pour votre commentaire, il me touche énormément.
      Oui c’est une victoire, une bataille de gagnée, mais la lutte n’est malheureusement pas terminée. J’ai beau avoir pris du recul face à ces gens qui, sous couvert de bienveillance, nous blessent et pire nous oppriment et nous excluent (sans le vouloir bien sûr, mais les conséquences sont les mêmes que si ils l’avaient cherché)
      Il m’arrive parfois de craquer et de pleurer un bon coup parce qu’on me considère comme malade alors que je ne le suis pas parce que j’ai entre 25 et 40 kilos de trop. En attendant je vais à la salle de sport, je marche, je bouge, je danse. Les gens ont du mal à concevoir qu’on peut être gros-se sans pour autant creuser le trou de la sécu (coucou Karlito!!) mais j’ai l’espoir qu’un jour les gens s’en rendent compte.
      Encore merci pour votre mot de soutien, vous m’avez redonné le sourire! =),

  2. L’acceptation de soi, s’aimer soi-même est d’une réelle importance dans la vie pour se sentir en paix, être heureux et profiter du bonheur. Les gens sont souvent si intolérants, si toxiques… je suis dépitée et écœurée de lire cela. Le plus important est d’être parvenu à se reconstruire et de s’accepter, ça n’a pas été facile j’imagine bien mais cette souffrance est passée je l’espère et restera dans le passé. En tout cas je vous souhaite de profiter de la vie, continuer à être bien dans votre peau et avec vous-même, c’est très important.

  3. plusieurs phrase avec « ce forum » – j’en conclus que c’est reposté d’une réponse écrite ailleurs, mais où ?

    Petit regret pour les anglicismes hélas inutiles sur un joli texte.

    En tant qu’ancien obèse, je me permets de rassurer sur le risque pour la santé physique et mentale de perdre du poids en fin de texte ; ils sont infiniment plus faibles que ceux du surpoids. En avant !

    • Bonsoir,
      Non, non, ce texte n’est pas une réponse d’un forum, mais un texte que j’ai écrit. C’est vrai que je l’ai beaucoup mentionné. C’est parce que ça a été un déclencheur pour moi, et j’y ai fait de nombreuses rencontres (virtuelles ou réelles)
      Pour les anglicismes, c’est vrai que c’est regrettable, mais il n’y a pas (encore) de mot pour parler de la fat-positivity.
      C’est vrai que c’est plus risqué d’être en surpoids que de faire un régime, mais selon des études, les régimes sont dangereux pour la santé: risques de carences, risques pour le coeur et les reins… Surtout si c’est pour ne pas garder la perte de poids stable. Je perdrai du poids mais d’une manière plus saine: manger à ma faim sans restriction et faire du sport. Doucement mais sûrement. En attendant restons positif vis-à-vis de notre corps! \o/

  4. « On ne choisit pas sa famille… »

    Force est de constater que le schéma « anorexie, boulimie, dépression, mauvaise estime de soi » est le résultat quasi systématique d’une éducation parentale « au mieux » maladroite, inadaptée, irresponsable…et donc blessante, culpabilisante…; au pire, intentionnellement méchante, cruelle…

    Il est aussi vrai que la bienveillance est la légitimité des personnes qui vous aiment sincèrement en vous encourageant à perdre du poids. Cependant, ils ne peuvent comprendre réellement votre souffrance.

    Vous avez su dépasser les contraintes de la norme sociétale et les affres d’une relation familiale douloureuse alors je suis sûr que votre vie sera de plus en plus belle.

    Merci pour votre témoignage.

    Chriss 😉

    PS: j’ai une amie créatrice de vêtements qui cherche souvent des modèles « fatshionnista »; vous pouvez la contacter de ma part.
    Son blog: http://lanomadegourmande.wordpress.com/

    • Bonjour Chriss! Merci pour votre commentaire!
      C’est vrai que la famille veut être bienveillante à notre égard, mais ils sont maladroits parfois. En tout cas c’est mon cas mais heureusement qu’ils commencent à comprendre ce que j’ai pu ressentir.
      Je crois qu’après avoir dépassé tout ça, il n’y a plus grand chose qui peut m’atteindre, je suis blindée à ce niveau là!

      Je vais voir le blog de votre amie, je suis curieuse de voir ce qu’elle a pu créer! Merci pour le partage! 🙂

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