grosseur et féminité : un dialogue, des résistances

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grosseur et féminité : un dialogue, des résistances

 

Ce texte décrit mon expérience de femme cis (c’est-à-dire dont l’identité de genre correspond au sexe qui lui a été assigné à la naissance, soit non-trans*) blanche de classe moyenne qui investit l’identité queer de fem et qui politise la grosseur. Il prétend partir de ce point de vue pour une réflexion sur la féminité (queer ou pas) et sur les normes de corpulences, par delà les genres. Il vise à montrer comment le confort et les outils que l’on peut dégager individuellement, à l’égard de son propre parcours et dans la vie quotidienne, peuvent être des éléments déclencheurs qui activent une réflexion plus générale et un engagement personnel à plus large échelle dans des luttes collectives.

 

Quelques repères

Fem, c’est le terme français qui a émergé pour rendre l’idée de femme en anglais tout en le différenciant du terme « femme », beaucoup plus large. Il fait référence à une identité lesbienne développée dès le début du XXe siècle avec les jules et les nanas en France ou encore le butch-fem dans la culture lesbienne des classes populaires américaines. Dénoncée et marginalisée par les lesbiennes féministes dans les années 70 et 80, cette identité a été réhabilitée dès la fin des années 80 en partant des milieux sex-positive puis queer. Elle s’est dissociée au fil du temps de son pendant butch (lesbienne masculine) pour désigner toute personne queer (et pas exclusivement lesbienne) qui choisit d’exprimer son genre par la féminité. Cette notion de choix est fondamentale dans la plupart des réflexions fems, même si elle mériterait d’être nuancée car elle est toute relative. Elle s’incarne au fil de ce texte dans le terme « fem-inité » que d’autres ont également décliné en « femitude » ou en « femité ».

 

Mais quelle fem-inité ? Suffit-il d’avoir un style perçu comme féminin et jouant sur les codes de la féminité ?

Être lesbienne ou queer, c’est se voir refuser d’office l’inclusion dans la féminité ; la féminité est hétérosexuelle mais aussi cisgenre.

Être grosse, c’est se voir refuser l’accès à la féminité ; la féminité est dans la discrétion, presque dans la transparence, elle ne prend pas de place. Les femmes, les vraies, elles n’occupent pas l’espace.

Être malade ou handicapée, c’est être exclue de la féminité ; bien que longtemps associée à la maladie et faisant toujours référence à une faiblesse, la féminité est largement perçue comme saine et valide, elle est dans le corps normé, dans la santé, qu’elle soit physique ou mentale, entrant dans le cadre.

La féminité va de pair avec la jeunesse. Elle est largement perçue comme blanche dans une longue tradition impérialiste.

 

Dévier de la norme, de ce qu’est censé être une femme, t’approprier la féminité, la performer en en démontrant le caractère construit, la faire déborder, c’est dans une certaine mesure un acte de résistance, un acte potentiellement subversif. C’est un « merde ! » adressé à l’hétéropartriarcat. Tu peux en effet en dévoiler les failles en jouant toujours sur ses limites. En créant des brèches, tu entames un peu la rigidité d’un système oppresseur.

 

Ce texte propose des pistes pour organiser la résistance à la féminité en la traînant dans la graisse. Il dégage des façons de se l’approprier pour s’installer dans une fem-inité dans laquelle on pourrait être plus à l’aise et qui met mal à l’aise les structures contraignantes qui prétendent régir notre corps, son expression, les discours et les savoirs sur lui. Grosses et fems, let’s go !

 

Comprendre sa fem-inité

Avant de la réinvestir avec une approche fem, j’avais le plus grand mal à parler de « féminité ». J’ai toujours eu cette envie de gueuler que la « féminité » n’était qu’une petite boîte dans laquelle on cherchait à m’enfermer, une façon de me limiter au sexe qui m’a été assigné à la naissance, de restreindre mes horizons. J’ai toujours pensé que la féminité — cet idéal inaccessible et finalement inexistant en tant que l’essence pour laquelle elle cherche à passer — était une façon de contrôler les femmes. Ainsi, toujours envie de me rebeller quand les psys me disaient qu’il fallait « vous réconcilier avec la féminité », ou que « vous cachez votre féminité sous ces kilos ».

Se rebeller mais en même temps intérioriser le message et se perdre d’autant plus dans les psychoses. Les normes qui pesaient sur la féminité, l’expression de genre dans laquelle je me suis toujours retrouvée, me donnaient le vertige. Elles me plongeaient dans la confusion entre ce que je pensais important et sa perception dans la société dont je voulais à tout prix m’extraire. Comment s’épanouir en cherchant inlassablement à passer des messages et à jurer dans le décor par son look féminin ? Et comment s’approprier des qualités féminines qu’il est nécessaire de revaloriser, sans toutefois se laisser écraser par le poids du jugement qui accueille ces choix ? Nos parcours reposent sur un ensemble de petites choses. La folie aussi. Je ne me mets pas en quête d’une cause unique. Mais le combat personnel pour trouver sa propre voix quand tout participe à nous dire qu’elle est illégitime, ça n’est pas une mince affaire. Il y a là une couche handie (mad pride) qui se superpose à l’analyse.[1] La meilleure façon de témoigner de la complexité de la vie et des systèmes de domination qui se combinent serait d’en prendre amplement compte.

Mais j’en reviens à cette fem-inité qui a commencé à prendre sens. Même si elle ne prend jamais sens, qu’elle est toujours instable, jamais acquise, en perpétuel questionnement, perdue dans les allers-retours incessants entre d’une part le personnel et l’intime et de l’autre le collectif et le politique. Je mentionne cette dimension de l’identité en utilisant des termes associés au féminin. Peut-être faut-il s’en réclamer, en refusant toute essentialisation. Fem, c’est une identité queer qui puise nécessairement sa force dans sa vulnérabilité. Parce qu’elle ne prend jamais rien pour acquis, parce qu’elle pose des questions et des défis, parce qu’elle regarde les genres binaires, elle flirte avec eux et elle s’en éloigne irrésistiblement.

Petit à petit, dans mon parcours, j’en suis donc venue à la conclusion que la féminité, c’est comme la fâm, ça n’existe pas. Ce n’est qu’un moyen de faire taire les femmes, de brimer leur créativité, de nier leur colère, de les empêcher de nouer des liens de solidarité. Et puis, petit à petit, elle est aussi devenue un terrain de jeu/d’enjeu où les excès, même s’ils sont rarement perçus comme tels, permettent de faire entrevoir les failles. La féminité est une notion qu’on accole souvent à la question de notre poids. A mesure que j’explorais le mouvement du fat activism (le militantisme gros), j’ai aussi pris conscience de sa place dans les mouvements fat-positive. J’ai ainsi commencé à développer mes réflexions dans une optique à la fois fem et fat-positive.

 

Visible ou invisible, la grosse n’est pas la bienvenue

Ma féminité, ça a souvent été un argument pour me dévaloriser, pour me présenter comme moins menaçante et comme relativement acceptable. On m’a assené les « tu es féministe, mais c’est pas grave parce que tu es féminine ». Sous-entendant que je ne représentais définitivement aucun danger pour le patriarcat dès lors que j’en récupérais de façon évidente certains codes. Et aussi les « tu aimes les femmes, ok, c’est cool puisque tu es féminine » m’affirmant par là que si j’entrais dans une vision masculine et hétéronormée des relations entre femmes, je restais acceptable. En effet, dans le sens commun, on n’échappe pas aux hommes en étant une lesbienne féminine : on ressemble aux lesbiennes présentées dans les pornos produits pour les hommes, n’est-ce pas là la preuve que l’on s’offre au regard masculin ? Dans cette optique, féministe, bi, pan ou lesbienne, tu n’es en aucun cas menaçante ou perturbatrice, ouf. L’emprise du système sur toi est tout a fait évidente, voilà qui en réconforte plus d’un·e.

Dans la même lignée, les « tu es grosse mais tu es féminine » se déclinent en plusieurs versions. Ils signifient : « tu es grosse mais tu es baisable », comme si le fin mot de l’histoire, c’est toujours ça, qu’on soit désirable, qu’on s’inscrive dans une certaine vision de la sexualité – celle qui cantonne les femmes à des objets de désir et qui conçoit le sexe comme une nécessité pour tou·te·s. Ils signifient : « tu es grosse mais acceptable car tu fais des efforts, tu te maquilles, tu mets des belles robes ». L’idée implicite derrière tout cela, c’est qu’en prenant soin de ton apparence, tu es potentiellement réhabilitable dans le système car contrôlable. Tu pourrais être perçue autrement qu’à travers le filtre psychanalytique classique qui lie la grosseur à l’absence de limites et de contrôle de soi, et à une oralité exacerbée caractérisée par un rapport pathologique à l’alimentation.

L’autre versant de cette optique, c’est qu’il n’y a rien de pire qu’une grosse qui ne fait pas attention à elle. Elle est automatiquement fichée comme confirmant tous les clichés : grosse et paresseuse, se laissant aller, masquant ses formes et ses bourrelets. Il y a là tout un paradoxe. D’une part, on attend des gros·ses qu’yels se cachent et qu’yels correspondent bien aux stéréotypes que l’on en a.[2] Plus qu’une invisibilisation de leur corps, c’est un véritable dépouillement qu’yels subissent. Le corps hors-norme et monstrueux, chacun·e peut se réserver le droit de le montrer du doigt en ricanant. Si tu fais ce que l’on attend, c’est-à-dire si tu te fais discret·e, tu seras tout de même blâmé·e et insulté·e : comment oses-tu ne pas prendre mieux soin de ton apparence ? Gros·se et négligé·e de surcroît, c’est un scandale. Donc si tu te plies aux clichés, on te méprise d’incarner ce qui est toujours connoté négativement

D’autre part, si tu ne renforces pas les clichés par ton apparence, on cherche à te remettre à ta place, on s’énerve que tu aies l’outrecuidance de ne pas respecter les frontières qu’on veut t’imposer. La validation de la grosse féminine est donc toute relative, ce qui démontre bien que l’assimilation représente une impasse pour les gros·ses. En fait, tant que la dichotomie générale reste « mince est synonyme de bien et gros est synonyme de mauvais », il n’y a pas vraiment d’issue. On cherche à contrôler ton corps tout en prenant bien garde à ce qu’il n’y ait pas de place pour lui. Délégitimisation toujours. Plus tu prends de l’espace, moins on t’accorde le droit d’en occuper.

 

Le réconfort d’une féminité moins restreinte

Mon expérience de la perception de ma fem-inité tout en grosseur (ou l’inverse) est cependant relativement positive. Certes, il y a les regards courroucés, les vendeuses qui me répètent à l’envi que ceci est flatteur ou masque bien, ou encore cette prof qui ne saurait tolérer que je porte le même top qu’une autre étudiante pour un stage car chez moi ça dévoilera de la graisse. Et puis, certes, on voudrait que j’en fasse un peu moins. Les collants de couleur sous une mini-jupe, c’est comme le rouge à lèvres qui coule : trop, trop, trop, beaucoup trop, tu as oublié la règle, il faut avoir honte. Il faut te faire petite et mince, prétendre que tu voudrais disparaître pour ne pas gêner. Mais il y a quand même de l’admiration chez beaucoup de femmes — grosses ou minces — voire la tentation de me considérer comme une source d’inspiration. « On n’a pas l’habitude, ça pourrait être vraiment too much, mais ça te va bien à toi. Et pourquoi je ne le ferais pas aussi ? »

Toutes les femmes ont entendu maintes fois qu’elles sont trop fines pour tel type de pantalon, trop grosses pour telle couleur, que la « silhouette poire » ne se prête pas à ces bottes, que celle « en sablier » doit se passer ce genre de pull, et bien d’autres aberrations de ce style. Alors, parfois, des collègues, des potes ou des inconnues me sont reconnaissantes d’ouvrir d’autres possibilités en montrant que ce qui compte avant tout, c’est d’oser porter ce qui nous plaît. Pas ce qui nous va (quel regard le déterminerait ?) mais ce qui nous plaît. Cela paraît simple, mais réfléchissez au nombre de fringues que vous n’avez pas voulu porter alors que vous les trouviez fabuleuses car elles dévoilaient vos bras ou qu’elles serraient vos bourrelets, ou qu’elles vous donnaient mauvaise mine, ou bien encore qu’elles vous grossissez. Je sens le soulagement quand mon look ouvre ces possibilités parfois inconcevables jusqu’alors. Oui, ça m’ennuie un peu que la féminité sur laquelle je joue serve à valider. Je crains qu’on ne l’interprète dans une version trop conventionnelle, trop hétéronormative, soumise au male gaze.[3] Cependant, alors qu’elle reste une injonction pour les femmes, je peux sentir chez certaines un soulagement et un élan émancipateur à l’idée de la décloisonner, par exemple en la faisant sortir de ce qu’on lit dans les magazines féminins. Je prends donc les commentaires comme des petites victoires.

 

La fatshion, un étendard problématique pour l’activisme gros

En fait, je crois que j’ai un rôle assez facile dans mon outrance. Un rôle facile dans le militantisme gros car je ne manque pas de références. Mon style est en adéquation avec les sites internet et les livres qui mettent la fatshion (contraction de « fat » et de « fashion ») au cœur de l’acceptation de soi. Au-delà de la complicité avec le capitalisme et de tout le consumérisme qu’on peut déceler dans ce mouvement très en vogue sur internet, la fatshion militante se démarque. Elle est une question de style, de déconstruction, de système D, de vêtements de seconde main. Elle est essentielle parce qu’au-delà de la taille 46 (et déjà bien moins), notre choix de fringues se réduit drastiquement. Seules quelques enseignes veulent encore bien de toi, généralement en ligne. Souvent, tu dois être prête à mettre la main au portefeuille pour ça. Ce serait logique car d’un coup en passant du 46 au 48, on utilise le double de tissu, ce qui n’est apparemment pas le cas du 36 au 46. La fatshion, c’est une façon de réclamer le droit à tout un éventail de styles et de possibilités dont on est privées sur le simple critère de notre poids.

C’est donc un terrain à investir, mais on le conçoit généralement sous l’angle de la féminité/fem-inité uniquement. Tant dans la société en général que dans le militantisme gros, quelles sont les résistances que rencontrent les grosses qui veulent assumer leur corps mais qui ne le font pas en jouant sur ce registre ?

Finalement, si je me penche sur les liens entre la fat positivity et la fem-inité, c’est aussi parce que je ne veux pas l’y limiter, parce que je pense qu’on peut s’assumer de plein de façons, à travers plein de styles, ou même en refusant d’avoir un style. Je ne pouvais donc pas aborder ce point sans aussi émettre des réserves au sujet de la place prépondérante de la fatshion et de la fem-inité dans la visibilité du mouvement qui laisse de côté une série d’expressions de genres.

 

Cela présente notamment le risque de tomber dans le travers sur lequel j’insistais au début de ce texte. Etre grosse, ce serait, dans bien des esprits, une façon de se cacher derrière des kilos, de cacher son véritable « soi » derrière une barricade de graisse. C’est une référence à la fameuse personne mince qui sommeillerait en nous, la raison pour laquelle on est censé·e·s être perpétuellement au régime et ne pas vouloir être gros·se. Pour les femmes, ce serait une façon d’éliminer notre « féminité », de même que notre potentiel à être désirée (il est toujours là pour qu’on soit légitime en tant que femme, en tant qu’être humain ; il est tellement difficile de se débarrasser de la nécessité d’être un être désirable et par là sexuel). On répondrait directement aux conceptions communes en répliquant: oui, je suis grosse, mais je peux être féminine. C’est comme tous ces discours qui cherchent à prouver qu’on peut être grosse et belle. Mais où est la subversion ? Cette féminité et cette possibilité d’être vue comme désirable et belle doivent-elles vraiment être un objectif ? Comment rejeter l’injonction à la beauté ? Comment lui opposer une alternative ? Comment déjouer ce piège que la fatshion semble poser aux féminités (queer). A manipuler avec précaution…

 

Grosseur et féminité : comment faire exploser les deux notions ?

Personnellement, je suis grosse et, si j’en fais des tonnes avec la féminité, c’est pour clamer que je suis grosse mais que je n’ai pas pour autant envie de me limiter à être féminine au sens classique, de réconforter, de rassurer. Corps hors-norme pour féminité hors-norme. Je suis grosse et je joue avec la fem-inité parce que le message dominant veut que les formes et les rondeurs sont féminines, mais certainement pas la grosseur qui est, elle, abjecte. Pendant des années, les handi·e·s, les très gros·ses, les personnes qui n’exprimaient pas leur genre comme la société l’attendait, bref de tou·te·s ceux·celles qui échappaient au cadre restreint d’un corps « normal », étaient considéré·e·s comme des freaks, comme des bêtes de foire. Pourquoi ne pas revendiquer cette abjection au lieu de se fondre dans le moule et de rechercher une beauté toute formatée ? L’abjection est sublime et magistrale, je veux l’habiter.[4]

Tremper la féminité dans l’abjection et clamer sa fem-inité, ça peut consister en une façon de se tenir ou de se comporter qui ne correspond pas à ce qui est attendu d’une femme. Par exemple, s’asseoir les jambes écartées, le dos courbé, dans l’espace public. Ou crier. Ou rendre son lesbianisme particulièrement visible pour bien signifier qu’on échappe à l’appropriation de la classe des femmes par celles des hommes et pour souligner que, non, ça n’est pas pour répondre aux fantasmes et aux attentes des hommes qu’on opte pour un style féminin. Ou encore porter un débardeur sexy ou une mini-robe sans s’épiler les aisselles ou les jambes. Ou refuser les régimes, refuser de fondre pour prendre moins de place. Ou bien, si on ne fait pas partie de ces groupes, afficher sa solidarité pour les personnes particulièrement vulnérables à la misogynie ou à la violence à cause de leur féminité jugée non conforme comme les femmes trans* ou les prostituées.

 

Je cultive les articulations entre les deux instruments que j’ai à disposition. D’une part, j’ai la « féminité », une construction, une notion qui réifie, qui échappe à toute définition mais nous est servie à toutes les sauces. Au lieu de la rejeter entièrement, je me la réapproprie donc volontiers en fem-inité. Nous essayons de toute façon tou·te·s de se trouver une zone de confort dans les normes qui nous façonnent. Et d’autre part, je peux investir ma grosseur, un fait physique (tout aussi construit cependant, car les normes sont incorporées) qui déborde de la simple constatation pour se gonfler de significations et trimballer son lot de stéréotypes et de discriminations. J’ai l’impression qu’en faisant dialoguer ces deux notions, en les articulant, je peux commencer à dévoiler les enjeux et les rapports de pouvoir qui sont au cœur de chacune.

Sans vouloir accorder trop d’importance à ces micropolitiques, je les vois comme des lieux de resignification qui m’épanouissent et me font du bien, mais aussi qui introduisent des doutes chez les personnes qui y sont confrontées. Elles entament, ne serait-ce que légèrement, leurs certitudes sur ce que doit être une femme, la féminité, une grosse, un gros. Ces nouvelles réflexions mises bout à bout provoquent-elles une réelle remise en cause ? Rien n’est moins sûr. Mais elles participent à un mouvement, elles sont le tremplin de mouvements collectifs, elles interrogent les normes perçues comme fixes et immuables, et c’est une contribution. Par ce texte, en présentant partiellement mon expérience, j’espère parler à d’autres personnes, aux autres freaks qui, assumant pleinement leur propre complexité et leur potentiel perturbateur, retrousseront leurs manches pour passer à l’attaque d’une façon bien plus large.

 

Avec ma grosseur, avec ma fem-inité, je ne rate pas le coche, j’investis des étiquettes. J’affirme, je hurle, des identités politiques. Je veux en faire trop, toujours trop, trop gros, trop féminin et ainsi plus féminin du tout car la féminité est discrétion et effacement. Grosse et fem pour faire exploser les cases !

 

Cathou

 

 

Merci au Fem Zine qui a accueilli une première version, encore brinquebalante, de ce texte. Merci à Evie, Emilie, Anaïs et Sevara pour leurs relectures critiques. Et merci à ces deux dernières d’être des fems puissantes avec qui je partage une femitié précieuse et un militantisme décidé qui nous a menées à lancer la belle aventure de Fat Positivity Belgium.

 

[1] Je prends ici le parti pris de situer le mouvement de mad pride dans l’activisme handi (disability activism). Vous retrouverez une brève explication du concept sur : http://en.wikipedia.org/wiki/Mad_Pride. Des réflexions plus élaborées pourraient faire l’objet d’un autre article.

[2] Dans la mesure du possible, j’ai opté dans ce texte pour des pronoms non binaires. Comment faire ? Vous pouvez vous référer à : http://www.genrespluriels.be/Glossaire

[3] Pour en savoir plus sur la notion de male gaze, voyez : http://cafaitgenre.org/2013/07/15/le-male-gaze-regard-masculin/

[4] Sur le sujet, voir Moving Toward the Ugly: A Politic Beyond Desirability de Mia Mingus : http://leavingevidence.wordpress.com/2011/08/22/moving-toward-the-ugly-a-politic-beyond-desirability/

 

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6 réflexions sur “grosseur et féminité : un dialogue, des résistances

  1. J’ai un léger soucis avec l’association du label fem à « d’abord » lesbien pour être ensuite « étendu » aux autres femmes queers ; il me semble plus réaliste de considérer que la « culture lesbienne » a toujours regroupé aussi des femmes bies, pans, fluides et que nous en sommes toutes les héritières à part et valeur égale.

    Et sinon je crois qu’il est urgent que je te rencontre pour discuter grosseur et féminité de vive voix, voir qu’on s’organise une rencontre sur ce thème avec plein d’autres, parce qu’il y aurait pleeiiin de choses à dire 🙂

  2. Coucou Léna,

    La formulation est peut-être un peu maladroite parce qu’elle invisibilise la diversité des fems qui a toujours été présente. Je l’ai choisie parce que dans la littérature qui raconte la sous-culture butch-femme, elle est toujours liée à la culture lesbienne. C’est le terme qui était revendiqué à l’époque et qui s’est effacé par la suite au profit de termes (comme queer) qui reflètent sans doute davantage une diversité. Il y avait une approche finalement très wittiguienne du lesbianisme dans la sous-culture butch-femme qui s’est développé aux Etats-Unis dans les années 40 et 50. Il s’agissait de femmes qui faisaient le choix, au risque de leur vie, de vivre « seules », sans hommes, et de s’ancrer dans une communauté de femmes.

  3. Bonjour Cathou.
    Je comprend et j’adhère à l’idée qu’il faut assumer son corps et surtout ses kilos. Mais n’est-ce pas dangereux? Je parle au-delà des codes de la société et du poids du regard des autres. Ces kilos sont sources de problèmes de santé : maladies cardiovasculaires, maladies articulaires, diabète, stérilité, cancers….
    Pourquoi encouragez un état physique dangereux (tout aussi bien que l’anorexie entendons-nous) à travers le fat activism?
    J’ai besoin de comprendre ton point de vue sur ce point, car il n’est pas abordé et à mes yeux il est très important de le prendre en considération car il s’agit de nos vies.

  4. Pingback: Grosseur et féminité : un dialogue, des résistances | Grosse !

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