T’es sourde ou quoi ?

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T'es sourde ou quoi ?

 

Vous avez déjà tous connu cette fille toujours pleine de vie, ayant toujours le sourire, riant toujours, de bonne humeur, qui chante tous les derniers tubes, n’a pas peur d’être ridicule. Vous savez cette personne sur qui vous comptez un peu le matin quand ça ne va pas et qu’avec l’une de ses idioties ou rires vous illumine un peu la journée. Cette fille à qui on demande de ne jamais être de mauvaise humeur, de toujours vous écoutez quand ça ne va pas…
Cette fille c’est moi.
Je prends ce rôle avec plaisir dans mes groupes d’amis(e)s. Mais parfois c’est dur. Parce que cette fille-là n’a pas le droit d’être un peu différente des autres. Elle doit être « normale » enfin si on peut dire qu’il existe un type de personne normal bien sur. Mais je ne veux pas dire que je suis normale. Je n’ai pas un troisième bras au milieu du ventre, un œil en plus sur le front. Quoique là j’hésite le bras me paraît être une super idée. Enfin bref, pour dire qui je suis vraiment trois termes définit ma personne : joyeuse, généreuse et sourde.

Bon avant tout, le terme de sourde est le plus politiquement correct. Dans mon cas la plupart des personnes me diraient malentendante. Mais si vous avez la curiosité d’aller voir dans le dictionnaire vous vous rendrez compte que le terme de malentendante ne veut rien dire et que c’est sourd le plus correct. Puisque dans le mot sourd, vous englobez aussi bien les personnes sourdes profondes mais aussi les personnes ayant des déficiences auditives. Le point culture étant fini je vais vous expliquer un peu mon cas.

Aussi longtemps que remontent mes souvenirs d’enfance, j’ai toujours été baignée par la musique. J’ai passé une grande partie de ma petite enfance chez la jeune sœur de ma mère et son compagnon et il est celui qui m’a initié à la musique. Je peux aussi vous dire que chaque fête de famille est synonyme de musique, de chants, de karaoké, de danse. Nous sommes certes une famille de très mauvais chanteurs (vous ne me verrez jamais à The Voice). À l’école c’était la même chose, j’étais dans une de ces écoles primaires ou l’éducation musicale est très importante. Mon professeur de musique avait d’ailleurs décelé chez moi l’oreille musicale (ironique maintenant, n’est ce pas?). Je me souviens d’ailleurs que j’étais la seule à maîtriser correctement les percussions (je me la pète un peu là, mais bon je devais avoir 7-8 ans), on avait d’ailleurs fait un concert dans une salle de théâtre énorme pour ma petite taille de l’époque.

Finalement, les aléas de la vie font que ma mère et moi arrivons dans un petit village pommé et là aux surprises chorales obligatoires. J’adore chanter, je retiens facilement les paroles, j’ai une voix importante alors on me place au centre. C’est aussi là que je rencontre une personne importante l’une de mes plus chères amies C (question d’anonymat peut-être qu’un jour elle sera célèbre je ne veux pas trop ébruiter son nom.). Bref, une nouvelle fois on déménage, je suis de nouveau en « ville » pour faire mon entrer au collège et surtout qu’une hâte : les cours de musique. Je suis d’ailleurs une très bonne élève dans cette discipline. Mon professeur me demande même de faire partie de la chorale du collège. Tout va toujours bien pour moi de ce côté-là. Le collège est aussi le moment de rencontrer pour moi des personnes extraordinaires mais surtout de tomber amoureuse du théâtre. Finalement le lycée est là, j’ai toujours mes ami(e)s du collège qui sont avec moi-même si nous ne sommes plus dans la même classe. Je retrouve ma C après 4 ans séparés (collège différent). Je rencontre ce qui sera 5 mois plus tard mon amoureux lorS d’un voyage en Italie (oui ça fait un poil rêvé dit comme ça). Et me voilà bachelière, en 2011 !!!

Durant ces années de collège/lycée. On ne me décèle aucun problème d’audition à part quelques extinctions de voix au moins une par an.
Puis finalement les études supérieures arrivent. Je pars donc vivre seule loin de la maison familiale pour faire un BTS dans le tourisme. Le tourisme est aussi une passion. J’ai toujours voyagé avec ma mère. Et surtout on a toujours fait beaucoup de visites guidées, et je me suis peu à peu intéressée au milieu du tourisme mais surtout ce BTS me donnera un précieux sésame une carte de guide-conférenciers.

Et voilà je prends mon indépendance, je ne rentre qu’une à deux fois par mois et pendant les vacances. Parce que ce BTS me permet de travailler avec beaucoup de professionnels du tourisme durant le week-end et j’en profite au maximum.
Premières années de BTS je profite un maximum de tout ce que le tourisme me donne et me prend. Je tombe une fois gravement malade avec un épuisement nerveux. Beaucoup de repos plus tard je suis de nouveau sur pied. Mais j’ai surtout un autre problème les extinctions de voix se succèdent à une vitesse, j’épuise mes cordes vocales. Ma mère m’avait toujours rassuré durant le collège et le lycée en disant que ça lui arrivait aussi souvent cette perte de voix. Mais mon cas lui fait finalement peur direction le médecin de famille puisque aucun traitement ne fait effet j’arrive donc dans le cas extrême, je suis sous cortisone. Puis finalement quand je rentre pour les deux mois de vacances après un stage de deux mois dans le sud de la France, ma mère remarque aussi des petits changements de comportements chez moi. D’une part, il ne vaut mieux pas prendre la voiture après moi : c’est une chance pour vous faire exploser les tympans car la musique est très forte. Ensuite je la fais beaucoup répéter ce qu’elle me dit, peu importe la situation. Mais moi je ne le voie pas vraiment ce changement. La seule chose que je voie et que dès que nous étudions une vidéo dans un de mes cours de langues je suis incapable de restituer ce que j’ai entendu, je me mets donc en tête que c’est la langue et que je suis vraiment nul donc c’est normal. Et puis mes camarades de classe non plus ne comprennent pas tout.

Seconde année de BTS. Cette fois-ci je reprends le théâtre que j’avais arrêté durant ma première année de BTS, je retrouve donc ma C chérie, D qui est mon ami depuis le lycée. Je retrouve aussi toute la petite troupe que l’on a commencé à former. On se dit tous de la même famille puisqu’on a tous commencé au lycée sous la tutelle de ce qui était mon professeur d’histoire à l’époque. On se retrouve donc un week-end sur deux pour mettre en place ce qui va être notre troisième pièce écrite par les soins de T le fameux prof d’histoire.
Durant cette seconde année de BTS, ma mère ayant marre de ces petits problèmes d’inattention de ma part (le fait de lui faire répéter souvent, la musique trop forte, l’absence de réponse parfois etc.), contacte notre médecin de famille, et lui expose mon cas. Il vérifie si mes tympans ne sont pas touchés, s’il n’y a pas de problème autre. Pour être sûr, parce qu’il me connaît et sait que je ne mens pas sur ma santé et que je suis le genre de personnes à vraiment attendre la dernière minute pour me soigner. Il me donne le fameux papier qui va changer un peu ma vie. Ma mère appelle donc mon ORL attitré à ce jour. J’ai rendez-vous au mois de mars juste après mon anniversaire (Joyeux anniversaire…). Un jeudi matin d’ailleurs. Et comme une petite fille je demande à ma mère de venir avec moi.
Je viens d’avoir 20 ans. C’est un jeudi matin de mars 2013. Je vais affronter le rendez-vous le plus stressant de ma vie

Exceptionnellement je ne vais pas en cours (incroyable). Ma mère et moi partons pour l’hôpital, GPS en route parce qu’on ne connaît pas vraiment bien. Moi la boule au ventre, ma mère en essayant de plaisanter comme d’habitude. Salle d’attente, une petite fille adorable de 3 ans est là pour la fameuse visite que l’on fait tous un jour. Finalement c’est mon tour. Je rentre dans le fameux cabinet, je lui explique, ma mère le fait aussi parce que c’est elle qui a vu plus le problème et moi je ne suis pas capable de dire exactement ce qui se passe. Je passe dans la fameuse pièce de torture… non de test. Je rentre dans la boîte, il me fait le test. Je vois son visage changer parfois d’expression. C’est bon, c’est fini, j’ai mal répondu à l’un de ces sons, je me suis trompée… le test est fini.
Il revient avec le petit papier où il y a cette fameuse courbe qui va changer peut-être ma vie. Je suis de nouveau à côté de ma mère, lui dans son fauteuil de grand médecin. Le verdict tombe.

Si je perds la voix si souvent, c’est que mon audition n’arrive plus à se moduler comme avant.
Si je fais répéter autant, c’est que mon audition n’arrive plus à isoler les mots.
Si je ne comprends pas ce que l’on me dit quand il y a du bruit autour, c’est que mon audition ne sait plus ou donner de la tête.
Si parfois je suis plus sensible à certains bruits, c’est que mon audition est fragilisée.
Il décrit cela comme étant une sorte de discriminations auditives. Je suis donc sourde.

Les conséquences pour moi : une perte totale d’audition à terme.
(tadadadam, la sentence est donnée)
Bien, me voilà, sourde. Joie pour une fille qui adore la musique et qui passe son temps à chanter et danser !
Ça fait un an que j’ai eu ce fameux rendez-vous. Et là the questions : que s’est-il passé depuis ? La réponse juste après la pub…
Bon après ce fameux jeudi, j’ai légèrement déprimé. Je me suis dit« merde quoi, pourquoi moi ? » Et comme j’ai une super logique de vie qui est : « si ça t’arrive c’est que cela devait arriver, c’est le destin ma pauvre Lucette ».

Donc je suis rentrée à la maison, j’ai passé mon week-end à me dire. « Tu es sourde, tu es dans la merde pour les examens où tu as besoin d’écouter des vidéos et des audios surtout s’ils sont mal faits. Va falloir le dire à la famille aussi ça et aux ami(e)s. Et tes profs. Quelle merde ! »
Bref, le lundi, je rentre en cours. Je me suis faite un groupe de supers copines de BTS qui demandent de mes nouvelles parce qu’elles savaient que je passais le fameux examen. Je leur annonce. Comme elles sont supers, elles en rient avec moi et me soutiennent durant la dernière ligne droite. Elles font plus attention encore. Elles n’hésitent plus à me toucher le bras si elles veulent que je puisse avoir une conversation avec elles dans un lieu plein de monde. Quand on travaille chez des professionnels elles prennent ma place s’il faut répondre au téléphone parce qu’elles savent ma peur de ne pas comprendre ce qui se dit. En fait, elles n’en font pas plus qu’elles en faisaient avant. Parce qu’elles aussi s’étaient aperçus qu’il y avait un problème chez moi. Et surtout ce qui me fait plus rire maintenant c’est qu’elles n’hésitent pas à crier leurs indignations durant les cours d’allemand où la fameuse vidéo est incompréhensible. J’étais leurs bonnes raisons de pouvoir se plaindre.

Pour ce qui est des profs, eux, une autre histoire. C’est là que j’ai vu qu’être sourd fait partie de ces handicaps invisibles à l’œil et surtout incompréhensible. Comme je me suis faite diagnostiquer trop tard, je n’ai pas pu avoir d’épreuves adaptées à mon cas. Et surtout comme je n’ai pas encore d’appareils, c’est sûr, je mens ! Enfin bref à ce moment-là je me suis « merde, tu fais comme avant, tu y vas comme d’habitude au bluff. Si tu as ton BTS tu l’as, si tu ne l’as pas, eh bien ce n’est pas grave ! ». Je passe donc les épreuves. Avec les fameux moments d’euphorie, de stress, de rire … Les résultats sont là. Je suis chez moi avec ma maman Lulu (super copine BTS) de l’autre côté du clavier. Il est 14 h, il fait chaud, on se connecte sur le site. C’est bon j’ai mon examen ! Je suis technicienne supérieure (oui ça fait très classe dite comme ça). J’ai ma carte de guide in the pocket ! J’ai passé deux de ma vie super ! Fait de rire, de joie, de crier, de pleurer, de doute, de rencontres incroyables. Et surtout je suis sur d’une chose. Guide conférencier est une passion il est impossible d’en vivre correctement. Je vais donc réaliser mon second rêve : devenir professeur d’histoire. Qui joint l’utile à l’agréable être guide-conférencier sans les problèmes du temps et de faire des visites sous la pluie.

Je me décide aussi à tout avouer à c. Parce qu’elle est ma meilleure amie et réellement la plus compréhensive de l’histoire. Et surtout très maternelle. Moi qui fais une tête de plus qu’elle, je me retrouve dans ces bras à pleurer parce que c’est officiel, je viens de me rendre compte que je vais perdre la chose la plus importante pour moi. Je me dis enfin qu’un jour je ne pourrais plus entendre les oiseaux qui chantent, les cris des gens, la voix de ma maman, ma voix, les rires des enfants, ceux de ma famille, jouer au théâtre et la musique. Je ne sais pas si vous prenez conscience, mais pour moi la musique est la chose la plus importante. Elle me met de bonne humeur, déprime avec moi quand j’ai des coups de blues, me fait danser, chanter, rire. Je peux me passer du théâtre mais pas de la musique.
Et même si je fais le pari un peu fou d’être prof un jour, je sais que je peux toujours m’adapter avec mes problèmes d’auditions.

Je ne veux pas non plus vous déprimer parce que j’aime trop voir les gens rire et surtout parce que je suis du genre hyper sensible et que si je vois une personne pleurer, je pleure.
Donc juin, grande décision et coup de poker, je m’inscris à la fac dans la ville à côté de chez moi enfin c’est relatif elle est à 40 km. Fin Juin j’envoie mon dossier avec deux choix de sections licence 3 histoires recherche/enseignement ou licence 3 histoire patrimoine. Juillet, je bosse dans un centre aéré. Ma directrice ne sait pas ce que j’ai, mais je n’ai pas peur parce que je sais que l’on sera trois pour gérer tous les petits monstres de notre groupe. J’ai donc le tout petit (parce que ce sont les plus mignons). Tout se passe bien. Je finis un soir par parler de mon problème. Les filles avec qui je travaille avouent ne pas avoir vu la différence. Seule une pose problème, même si je sais que je ne vais travailler que deux semaines avec elles et encore que l’après-midi. J’ai droit à de petites remarques super-adorables (ironie, ironie).
Elle était du genre à parler plus fort pour que j’entends, à accentuer ces gestes et même à m’exclure de choses « parce que tu sais, si jamais sur la route tu n’entends pas la voiture on peut avoir des problèmes ». Mais chérie ne t’inquiète pas je n’en suis pas encore à ce point et comme tu es même pas assez intelligente pour le voir, j’apprends même à lire sur les lèvres alors je voie tout ce que tu dis. Et surtout je ne suis pas DEBILE, ce n’est pas parce que tu parles plus fort avec des gestes idiots que je vais mieux ou moins bien te comprendre.

Malgré ça, je passe un très bon mois de juillet toute bronzée. Je pars en vacances en Bretagne avec ma mère sous le soleil. On en profite, je fais le plein de soleil, de visites guidées, de fou rire, de crêpes, de galettes aussi.
Et je pense surtout que c’est le moment de vous parler de ce qui se passe dans ma vie personnelle, les rapports avec ma mère, ma famille, les garçons, les ami(e)s

Ayant vécu principalement avec ma mère, je peux donc vous dire que nous deux c’est pour la vie. Comme on le dit souvent on est Best Meilleure Friend Forever. Elle est celle qui a vu le problème et surtout qui m’aide le plus. Dit comme ça, ça peut vous paraître logique. Mais il existe deux catégories de personnes et de parents face à l’handicapé(e). Ceux qui vont aider et ceux qui ne veulent pas le voir. Moi, elle m’aide et surtout elle en rigole. J’ai besoin de ce moment où l’on rigole ensemble pour des idioties que je comprends et surtout mes réponses nulles pour que je puisse avancer. Elle est celle qui le voit tout de suite si je n’ai absolument pas compris ce que je dis. Elle est celle qui va jusqu’à écrire ce qui m’envoie des SMS ou des messages par messagerie instantanée alors qu’elle est dans la pièce à côté pour me dire quelque chose. Elle est s’en fout complètement que la musique soit forte dans la voiture ou à la maison. Et surtout c’est elle qui supporte mes tentatives pitoyables de chants dans la voiture à m’en casser les cordes vocales. Elle me supporte quand je stresse avant une pièce de théâtre, un examen. Elle me laisse faire la cuisine et des gâteaux quand je suis trop stressée. C’est une maman et une bonne maman. Elle est ma meilleure amie. Cela sera à jamais ma mère et moi contre les autres face à le handicapent. Même si on a des alliés bien sur.
Ma première alliée est C, mon adorable et incroyable C. Elle aussi le voit quand je n’entends pas. Me soutient lors des exercices de théâtres absurdes qu’on fait. Supporte la musique trop forte dans la voiture, que je parle parfois trop fort parfois. Mes sautes d’humeur, mes pleures. Me tient la main quand il faut que je fasse un grand pas.

Puis, il y a D et F sa copine et surtout ma nouvelle amie. Lui aussi comprend parfois ce que je ressens, surtout lors des fêtes ,et qu’il me voit m’isoler parce que je comprends pas ce que les autres disent. Il est celui qui me soutient dans toutes mes bêtises aussi. Mes prises de risque, dans mon parcours scolaire. Il est d’ailleurs cette année au théâtre dans notre nouvelle pièce mon mari pour dire. Et c’est ma meilleure amie dans la pièce.
Puis, il y a les gens du théâtre, et mon ancien prof de théâtre qui n’hésite pas avec sa femme à me confier leurs deux adorables filles à garder. Je suis aussi officiellement celle qui peut dire s’il faut parler plus fort ou non parce que le public n’entend pas. Quoi de mieux qu’une fille ayant un problème comme ça pour le faire.

Et enfin il y a A, le fameux amoureux d’Italie. Lui se fout de moi quand je déprime pour me faire rire. Il se moque de peur absurde tout en me tenant la main. Il éteint la musique dans la voiture quand je suis avec lui s’il veut me parler et surtout m’entendre parler. Il se met face à moi pour me parler. En vrai il est juste lui. Et je pense que si mon handicap s’était déclaré plutôt, cela n’aurait pas été pareil entre nous. Parce que A est étudiant infirmier donc maintenant il est en contact avec des personnes souffrant de handicaps parfois invisibles. Et aussi parce qu’il a été gravement malade et qu’il s’est rendu compte aussi que les gens ont besoin de voir pour croire.
Cependant tous ne sont pas comme ça.

Ma famille maternelle (c’est-à-dire oncles, tantes, cousins, cousines, grand-mère), elle fait partie de la seconde catégorie de personnes. Il vaut mieux ignorer plutôt que d’affronter. Pour éviter que je sois confronté à eux, c’est ma mère qui les a prévenu de mon handicap. Peut-être ils font aussi comme si de rien n’était pas ne pas que je sois traité différemment, ça je ne le sais pas. Mais à croire, le bruit ne sait pas propager dans la famille. Parce que j’ai eu la pire des remarques qu’on pouvait faire et qui m’a fait le plus de mal et surtout m’a fait me sentir comme une merde. Je la dois à mon cousin le 1er janvier 2014. Cousin avec qui j’ai été élevé durant l’enfance. Ma famille maternelle et assez nombreuse, c’est le repas de la nouvelle année, il y a des rires, de la musique, des discussions. Je suis placée à côté de lui on parle de choses et d’autres, il finit par me demander quelque chose que je n’ai absolument pas entendu. Ma mère à ce moment-là et en face de moi et lui signale que je n’ai pas entendu (dans ces moments-là j’ai parfois tendance à faire l’autruche et faire comme si ce qui est dit n’est pas pour moi). Il dit à ce moment-là une phrase qui me marque « Tu es sourde ou quoi ? » comme si être sourde était une blague et complètement absurde. Je lui ai alors répondu un joli « oui » bien froid. Ma mère lui explique, lui ne me croit pas. Ma mère a été la seule à me soutenir et me défendre. À l’habituel « oui moi aussi j’entends rien je suis sourd », « non-tonton toi ce n’est pas pareil, toi tu ne nous écoutes pas ».
Finalement avec du recul, je me dis que je ne peux pas leur en vouloir. Ils ne savent justes pas s’adapter parce qu’ils ne connaissent pas de personnes porteuses de handicapés. Je leur trouve toujours des excuses. Peut-être que je me voile la face, je ne sais pas. Pour le moment j’attends juste peut-être qu’un jour ils aient une illumination et comprenons que je suis un peu différent d’eux.

Pour ce qui est de ma vie actuelle, je suis donc à l’université en troisième année d’une licence d’histoire/patrimoine. J’ai retrouvé mes amis(e)s de collège, lycée. Je me suis faits de nouveaux amis,nous ne sommes un petit groupe quasiment que de filles avec un seul garçon (mon Dieu qu’il a du courage). Pour ce qui est de ma surdité, je me suis dit à la rentrée que je ne devais pas me voiler qu’il fallait que j’en parle. Parce que je suis à la fac, donc c’est-à-dire avec des cours ou il peut y avoir du bruit, des profs qui ne font pas forcément dans la dentelle dans le débit de paroles etc. etc. et etc. J’en ai donc parlé lors d’un de mes cours où l’on devait faire le portrait de l’autre. Pour moi ça me paraissait naturel à le dire et que ça soit dit puisque ça fait partie de moi et qu’on ne pourra pas me changer. Mais la personne avec qui j’étais à trouvé ça beaucoup trop personnelle et que cela la gêner. Je l’ai donc laissé faire. J’aurais dû me défendre et lui dire que non et le dire à tout le monde. Maintenant je regrets un peu parce que j’ai de temps en temps des moments difficiles. Certains de mes professeurs ont des accents assez horribles, je ne comprends pas tout car ils maîtrisent leurs sujets et toi si tu ne connais pas c’est la même chose. Le pire est sans doute les dates vous pouvez être sûr qu’elle est fausse dans mon fichier. Ensuite on est sur un système d’exposé sur chaque matière et certains étudiants sont très mauvaises mauvaises dictions, parlent très vite. Il y aussi les bruits autour de moi. Je suis au premier rang mais cela ne m’empêche pas parfois de ne pas comprendre à cause des bruits de claviers, des étudiants à l’extérieur, mauvaise sonorisation, chuchotement.

Je prends mes cours sur ordinateur c’est ce qui me permet de pouvoir corriger rapidement, de taper vite et de pouvoir suivre sur l’une de mes copines de fac si je suis larguée. Pour ce qui est des exposer, j’ai toujours été bonne pour ça, j’adore parler c’est aussi pour ça que les autres ont du mal à comprendre que malgré tout je suis sourde.
Je veux toujours être prof mais si j’ai parfois peur de ne pas comprendre, de ne pas entendre et qu’on se fout de moi. Mais en vrai, ma mère a plus peur pour moi.

Pour le moment, je n’ai pas encore d’appareil, mon ORL veut encore attendre un peu que pour le moment ce n’ait pas urgent. En soi c’est juste un peu gênant pour moi. Cela ne m’empêche pas de rire, de faire de la zumba (impossible pour moi d’entendre ce qu’on me dit mais je m’en moque pour une fois que la musique peut aller un peu plus fort que le normal sans qu’on ne dise quoi que ce soit). Je joue encore au théâtre (la pièce est pour bientôt). J’écoute toujours de la musique mais j’ai un casque maintenant qui est beaucoup moins agressif que les écouteurs. Je vais aux cinémas. Je vais à des concerts, dans des pubs avec mes copines de fac. Je chante toujours autant et toujours tellement faux. J’ai toujours mes peurs idiotes que j’ai depuis l’enfance (encore une autre histoire). Mes petits complexes aussi. Mes références idiotes aux livres et films. Mes théories idiotes sur la vie. Je continue de voyager, de profiter de la vie. Je suis toujours cette fille qui joue aux jeux des accents.

Pour ce qui est de mon futur, je sais qu’un jour je n’entendrais plus rien. Fini la musique et les petits oiseaux du matin. Je sais aussi que ce que j’ai, si un jour j’ai des enfants normalement ne l’aura pas. Je sais qu’un jour je ne pourrais plus être prof. Mais peut-être que j’ai encore le temps. Mon avenir est incertain parce que je n’ai toujours pas appris à voir le futur. Vivez votre vie, les autres on s’en moque. Il ne faut pas avoir peur d’être égoïste parfois pour être bien dans sa tête. Je ne dis pas que la vie est facile pour moi. J’apprends à relativiser tous les jours. À décompresser et surtout à ne plus me prendre la tête. Je n’ai plus peur de craquer et de pleurer.

Je m’appelle Alison, j’ai 21 ans, je suis toujours celle qu’on a connue en primaire, au collège et au lycée. J’ai toujours ce sourire aux lèvres qui est ma marque de fabrique. Sauf que maintenant je suis sourde. Et comme dit Molière dans l’Amour Médecin « Il n’y ont point de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. »

Alison

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3 réflexions sur “T’es sourde ou quoi ?

  1. Bah putain. Je sais pas trop quoi ajouter. Vous avez, mademoiselle, du courage et un appétit de vie incroyables. Longue et belle route à vous !

  2. Merci pour ce témoignage !
    Pour ce qui est d’enseigner avec un handicap, je ne sais pas ce qui est mis en place pour les personnes sourdes, mais j’ai eu l’occasion de faire un stage en lycée avec une enseignante qui avait perdu la vue. Elle travaillait avec une auxiliaire (dont je ne me souviens plus du statut exact par contre ^^;) qui s’occupait de noter le cours au tableau par exemple.

  3. Bonjour. Je m’appelle Justine et j’ai 12 ans. Je ne supporte plus les moqueries sur moi car je ne suis pas sourde mais j’ai quelques légers problemes ( je ne comprend pas bien quand ob chuchote ou quand on me parle de dos). Je vais chez l’ORL mais j’ai peur. Peur de n’avoir plus d’amis. Répondez moi et donnez moi des conseils pour surmontez ça svp…

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